Lycée Honoré d'Urfé

Honoré d'Urfé

Qui est Honoré d'Urfé ?

Un écrivain français (1567-1625)

- 1583, la Triomphante Entrée de la très illustre Dame Magdeleine de La Rochefoucaud .

Epistres morales 

-  L'Astrée. La première partie de l'Astrée est publiée en 1607, la 2ème en 1610, la 3ème en 1619, et la 4ème en 1624.

Le lycée Honoré d'Urfé au fil du temps...

Une rapide histoire du Lycée Honoré d’Urfé

 

Le présent travail doit beaucoup à Anne Cherrier, ancienne professeure d’Histoire -Géographie du Lycée.

            Un lycée bourgeois de centre-ville…

            Le 15 octobre 1894 s’ouvre à Saint-Etienne un lycée de Jeunes Filles, avec 75 élèves, rue Gambetta, à côté de l’église Saint-Louis, dans les locaux du collège Gambetta actuel. La grille d’entrée est toujours en place. Ces locaux sont jugés insalubres et inadaptés. Il s’agit d’un ancien couvent du XVIIème siècle qui abrite le lycée de Garçons, depuis 1806. Ce dernier déménage pour des bâtiments flambant neufs, en 1890.

            La loi Camille Sée, du 21 décembre 1880, porte sur la création des lycées de Jeunes Filles en France. Les lycées ne s’adressent qu’à la bourgeoisie, dont ils véhiculent les valeurs. La gratuité n’existe pas et on y entre par examen. En une quinzaine d’années, toutes les villes se dotent de cet outil, destiné aux jeunes filles. Saint-Etienne, ville conservatrice et religieuse, ne brille pas parmi les premières. Roanne dispose du sien neuf ans auparavant. Dans la Loire, en 1880, 80% des petites filles fréquentent les écoles primaires religieuses, alors que c’est moins de la moitié des Garçons, avec 49%.

            Avec le soutien municipal, qui fournit les locaux, le lycée ouvre provisoirement le 22 septembre 1894 et définitivement le 6 septembre 1895. Les travaux engagés semblent ravir les Stéphanois. Mais dès 1895 l’humidité dégrade les bâtiments qui ne sont pas chauffés. Les lycées dispensent alors un enseignement débutant dès le Primaire. Les débuts sont timides, 75 élèves, alors que le lycée de Garçons en draine à la même époque plus de 500 ! Cela signifie que près de 600 élèves fréquentent les deux seuls lycées pour une population de plus de 150 000 habitants. L’emprise des congrégations religieuses est forte et les boursiers sont rares. Les Réformés, les Israélites et les familles républicaines radicales y mettent en priorité leurs enfants.

            La première Directrice est élitiste et traite « d’un peu haut les enfants qui ne partagent pas avec elle ce privilège des bonnes manières et du bon ton ». L’enseignement dispensé ne permet pas alors d’entrer à l’Université ou dans la vie professionnelle. L’association des anciennes élèves voit le jour en 1900 avec 49 membres fondateurs. Le but du lycée est encore largement de donner de futures épouses à la bourgeoisie locale.

            La préparation du Baccalauréat et donc la classe de Terminale font leur apparition en 1925, en même temps que la 6ème qui permet de passer du Primaire au Secondaire, du petit au grand lycée. Les enseignantes forment un monde exclusivement féminin. Il n’y a pas de secrétariat. Les cours vont du lundi 8 heures au samedi 17h30 avec repos le jeudi. Le niveau de l’enseignement est bien moindre que celui exigé des Garçons. La gymnastique est facultative dans le secondaire. La morale est très importante et des enseignements « pratiques » d’économie domestique sont présents. L’enseignement religieux a lieu à l’extérieur du lycée. Les premières enseignantes sont majoritairement célibataires, dévouées corps et âme, à leur sacerdoce et moins payées que leurs collègues masculins. La surveillance morale des élèves est stricte et leur liberté très réduite. Eduquer est aussi important que d’instruire. Le maquillage est prohibé. Le conseil de discipline se réunit chaque trimestre pour examiner la conduite de chaque élève. Un tableau d’honneur récapitule conduite et résultats chaque mois.

            Dans les années trente, le lycée atteint plus de 450 élèves chaque année. Les classes de 45 à 50 élèves existent. Peu à peu le Primaire recule devant le Secondaire. Les locaux deviennent trop exigus. Un étage est rajouté en 1949. Mais dès 1934, l’idée d’un nouveau lycée est lancée. La préparation du Baccalauréat devient l’objectif des lycéennes. Les premières bachelières datent de 1916. Elles sont une vingtaine par an dans les années trente. La loi Bérard, en 1924, aligne les lycées de Jeunes Filles et de Garçons, les enseignements et le salaire des professeurs. A partir de 1935, l’enseignement en lycée devient gratuit.

            Les Directrices et professeures sont craintes et respectées. La remise des prix en fin d’année est l’élément phare de la vie scolaire. Le palmarès est publié dans la presse. Le Préfet, l’Inspecteur d’Académie, le Procureur de la République et toutes les autorités civiles et militaires sont là. Pendant la Première guerre Mondiale, le lycée, réquisitionné, devient un hôpital militaire. Les Jeunes Filles suivent leur cours dans l’aile Nord de la Bourse du Travail. A partir du milieu des années trente, la gratuité et l’arrivée de nombreux réfugiés, fuyant la montée du totalitarisme en Europe, font enfler les effectifs, qui atteignent plus de 700 élèves en 1935. Des chaudières au charbon, peu efficaces, sont installées.

            A la même époque, la communauté juive de la Loire regroupe 600 personnes. En 1941, 2349 sont recensées. Les effectifs des lycéens s’en ressentent. Dès 1940, Vichy impose un quota de 3% maximum. Il est largement dépassé. Entre 5 à 10% des inscrits sont Juifs. Vichy rétablit les frais de scolarité. Dès octobre 1940 les lois raciales excluent les enseignants juifs dont l’Inspecteur d’Académie et le proviseur du Lycée de Garçons. Dans le lycée de Jeunes Filles, certaines élèves juives portent sur leur fiche individuelle la mention « israélite », mais pas toutes…Les élèves souffrent de carences alimentaires. On leur distribue du lait que certaines n’hésitent pas à dérober pour le ramener à leur famille et se retrouvent ainsi en conseil de discipline.

            Le 20 octobre1941, un internat est ouvert dans les locaux de l’Ecole Normale de Filles fermée par Vichy, rue de la Richelandière. Il est supprimé à la Libération. Dès 1942, certaines élèves disparaissent et quittent le lycée pour la campagne, la Haute-Loire, le Chambon-Sur-Lignon, ou l’Ardèche et la Drôme. Depuis 1941, les cours de catéchisme ont lieu au lycée, une pratique qui survie à la fin de la guerre. A la rentrée 1942, une Terminale Maths Elem voit le jour, permettant de rapatrier la vingtaine de filles qui jusque-là allaient en cours au Lycée de Garçons. Les filles brillent enfin dans un bastion masculin, les maths et les sciences. La situation du lycée est instable. Quatre Directrices se succèdent entre 1941 et 1946. Vichy décide de donner des patronymes aux lycées. Le ministre Bonnard tranche pour Claude Fauriel et Honoré d’Urfé, en mars 1944. Visiblement meilleur helléniste qu’historien, il choisit pour les filles un redoutable soudard des guerres de religion, accessoirement écrivain.

            La guerre voit quelques professeures, comme Marie Louise Soucelier, agrégée d’Anglais, s’engager dans la Résistance. Elle intègre « Combat » dès sa création. Arrêtée, le 8 août 1943, elle est déportée à Ravensbrück. Elle y retrouve ses anciennes élèves étudiantes qui ont rejoint la Résistance : Marie Cave, Violette Maurice, Suzanne Ignace, Denise Bastide et d’autres femmes rencontrées au lycée : Dora Rivière, ancienne élève, ophtalmologiste, responsable des filières d’évasion des enfants vers le plateau du Chambon-Sur-Lignon, Marguerite Chavanat-Marandet, épouse d’un des responsables de la Résistance du Roannais. Renée Peillon, amie de Marie Cave, ancienne élève, institutrice, trouve la mort au combat lors de la Libération. Denise Lévy, ancienne élève, étudiante, est assassinée à Auschwitz, tandis que Rolande Van Hoeck, épouse Weill, meurt à Sobibor en mars 1943. Denise Bastide devient la première et seule femme députée de la Loire dès la Libération. La plaque commémorative déposée par les anciennes élèves dans les années soixante-dix évoque toutes ces femmes résistantes. Elle omet les petites victimes « raciales » qui disparurent à Auschwitz, sans laisser de traces, comme le souhaitaient les nazis : Jeanine Heimer, 14 ans, Charlotte Rosenkovitch, 14 ans, France Klain, 17 ans et Lise Lehmann, 16 ans.

            De l’ascenseur social des classes moyennes…au lycée de masse…

            Après-guerre le lycée connait une croissance constante et s’ouvre aux classes moyennes issues des Trente Glorieuses. A la rentrée 1944-1945, une quinzaine d’élèves juives sont inscrites, parmi les 800 élèves, sans nouvelles d’un père, d’une mère ou des deux. Jusqu’en 1947 les conditions de vie demeurent rudes. Le rationnement est toujours présent. La Municipalité loge les Internes, dès octobre 1950, pour près de dix ans, dans un ancien orphelinat, situé au Rez, près du Furan, sous l’A47 actuelle. Les effectifs du lycée doublent entre 1949 et 1956. L’effet baby-boom débute. La situation est intenable. La Municipalité acquiert un vaste terrain d’une dizaine d’hectares, au Mont, au lieudit l’Egalerie, en 1949. 143 jardins Volpette s’y trouvent en location et l’expulsion des jardiniers est douloureuse. Les travaux débutent au printemps 1953. Le déménagement a lieu à la rentrée 1957. Dans la réalité il faut une année pour assurer le transfert. Les élèves côtoient le chantier en cours. Les anciens locaux de Gambetta sont dévolus au collège Moderne. Le collège technique occupe l’aile des nouveaux bâtiments du Mont. Devant l’augmentation des effectifs, le collège technique du Mont prend son autonomie. Il devient en 1961 le lycée technique d’Etat mixte du Mont et intègre ses nouveaux bâtiments en 1962. En 1988 il est rebaptisé lycée polyvalent régional d’Alembert. Plusieurs établissements doivent ainsi cohabiter sur le site.

                        Le nouveau cadre est séduisant, des tours, des barres, de taille modérée, sont dispersées dans un parc arboré. Les murs sont décorés de mosaïques, œuvre de Tautel, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne.  Cependant, les nouveaux locaux se détériorent rapidement, n’étant pas toujours bien adaptés à l’usage pour lequel ils sont destinés. Le lycée abandonne ses classes primaires en ce début des années soixante. Dans le même temps les effectifs croissent, jusqu’en 1961, avec 2231 élèves et 446 Internes. Pour endiguer ce phénomène, l’Etat construit des collèges et des lycées de proximité et met en place la carte scolaire. Malgré tout, avec le retour des rapatriés d’Algérie, à la rentrée 1962, la Municipalité fait installer quatre classes préfabriquées. Le lycée fonctionne désormais en journée continue.

            Les CEG, collèges d’enseignement généraux, permettent d’éviter l’explosion des effectifs en 1963. Dès 1967, deux établissements se dessinent, un premier cycle avec un CES et un second avec le lycée. L’autonomie définitive du collège n’a lieu qu’en 1979. Les temps changent. La voie technique doit être développée, malgré son manque d’attrait, face à une voie générale aux débouchés incertains. La distribution des prix tombe en désuétude, ainsi que le tableau d’honneur. Mme Bouchardeau, professeure de philosophie, s’y oppose ouvertement. Mai 1968 les pousse aux oubliettes. En 1973, le collège s’ouvre à tous. Pour absorber ces nouveaux collégiens, des classes de 6ème et de 5ème de transition sont créées. Elles restent une pré orientation vers l’enseignement technique et la vie professionnelle. La stratification sociale est accentuée. Les effectifs en classe de philosophie peuvent atteindre les 55 élèves. Une coopérative permet la vente de goûters qui finance les projets et sorties pédagogiques. Clubs et journaux se développent, cassant les codes et les barrières entre élèves et professeurs. Mai 1968 secoue le lycée comme tous les établissements et divise la communauté enseignante. Les Internes y gagnent la fin du béret.

            Les parents et les élèves font alors leur entrée dans la vie de l’établissement. Les classes demeurent très chargées. La mixité s’impose, même si le lycée reste encore longtemps un établissement majoritairement féminin. En 1979, le chef d’établissement et son secrétariat migrent au cœur de l’externat, dans le bâtiment central, abandonnant le bâtiment administratif situé au niveau de l’impasse Le Châtelier. L’Intendance suit quelques années plus tard. Les horaires de cours s’allongent jusqu’à 18h et grignotent la pause méridienne. L’ouverture du collège de La Cotonne et la fin du baby-boom font chuter les effectifs de 25% de 1979 à 1995. Le lycée enracine alors ses spécificités : classes bilingues allemand dès la 6ème, Musique, Arts Appliqués, Arts Plastiques et fort recrutement en série littéraire, très féminisée, où les jeunes filles cultivent un look original, remarqué jusqu’en ville. Le recrutement fait l’objet d’une plus grande mixité sociale, mais évite les quartiers dits difficiles. Les milieux plus populaires font une entrée importante dans les années 1990, achevant de pousser dans l’Histoire le vieux lycée. Un dernier évènement entérine ce changement définitif. Il s’agit de la fusion d’Honoré d’Urfé avec le lycée d’Alembert, en 2004. Moins prestigieux, moins élitiste, avec ses classes technologiques et ses élèves de milieux beaucoup plus modestes, ce dernier disparait définitivement à la rentrée 2007. Pour réaliser cette fusion qui a des difficultés à se concrétiser dans les esprits, rien de mieux qu’un changement de locaux. Les travaux de rénovation débutent en 2014. Ils sont ambitieux et donc rien ne se passent comme prévu. Le chantier est toujours en cours en 2022 au grand damne des responsables du suivi des travaux et des équipes pédagogiques impatientes. Pourtant après une réforme complète de l’Ecole et une pandémie de COVID 19, les enfants sont toujours là et leurs professeurs aussi, fiers et désireux de construire, pour eux et avec eux, un avenir meilleur et plus humaniste.

Paul SAUMET

 

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Lycée Honore d'Urfé

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42 014 Saint Etienne Cedex 2
Tel : 04 77 57 38 58

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